Publié le 26 avril 2011 | par Comité STAT

Le Comité STAT

présentation du Comité à l’endos de l’édition 2014 du journal Condition Critique

Condition Critique renaît avec force et vigueur. Deux ans après la première édition, le Comité STAT a de nouveau rassemblé des travailleuses et des travailleurs de la santé de plusieurs milieux. Le journal que vous tenez actuellement dans vos mains est le résultat d’un projet dont chaque individualité est une partie intégrante. Dans une société encline à faire confiance à des spécialistes de tout acabit pour aborder notre souffrance ou analyser les maux qui nous rongent, il est difficile de parler de nos problèmes dans nos propres mots, selon notre propre humeur, nos propres règles. Cette deuxième édition est le fruit d’une réflexion ardue sur nos conditions de travail, notre volonté étant de partager avec nos collègues des expériences dans lesquelles, nous le savons, elles et ils sauront se reconnaître.

Ces collègues tombent à vue d’œil. Personne ne bouge. Nouvelles coupures annoncées à la télé. La cadence accélère, il faut s’adapter. Ils appellent ça de l’amélioration mais nous savons qu’ils mentent encore. Le ras-le-bol submerge le plancher et mène à toutes sortes d’explosions spontanées qui, bien que lumineuses, peinent à devenir une résistance solide. Dans les négos les syndicats se concentrent sur les salaires, tandis que sur le plancher ils ignorent les changements que nous subissons, quand ils ne s’impliquent pas carrément dans leur implantation. C’est l’apathie. Vous trouverez dans ce journal plus de questions que de réponses. Il est cependant traversé d’une conviction ferme : seuls nous, travailleuses et travailleurs de la santé, pouvons prendre nos conditions en main. Nous ne serons pas sauvés par quelque bureaucrate syndical ou ordre professionnel. Ni par les zélés qu’on appelle depuis peu leaders. Ni par un parti politique bienveillant. Ni même par le Comité STAT. Ce journal fait avec les moyens du bord donne la parole aux travailleuses et travailleurs. Il s’agit de voir ensuite avec nos collègues comment on peut concrètement prendre notre avenir à bras-le-corps, s’organiser.

Croyez-nous, cette expérience ô combien passionnante n’a pas été de tout repos. Ce journal a mis du temps à naître. En cours de route, nous avons choisi de le prendre, justement, le temps. Inutile de vouloir prendre de vitesse le système. Il faut le prendre de revers, par la qualité, et la qualité est fonction du temps investi. Collectivement, nous avons discuté du contenu de chaque texte ainsi que de nos vécus respectifs dans le monde du travail. Bien sûr il y a eu des problèmes, des confrontations, des départs, des auteurs avalés par leur propre vie. Il faut dire que la fatigue nous ronge nous aussi, avec notre implication d’autant plus. Nous ne sommes pas à l’abri du cynisme qui règne bien que l’organisation à laquelle nous participons en soit la négation pratique. Pour tout vous dire, ce qui nous fatigue, c’est surtout cette usure du quotidien. Notre vie privée, nos familles, nos loisirs, nos amours nous attirent comme des aimants hors de ce qui souffre et laissent bien peu de place pour penser la contestation. Nous n’avons pas de recette miracle pour garder la tête hors de l’eau tout en brandissant le poing. Nous savons seulement que lutter est nécessaire, que nous refusons le monde du travail tel qu’il est, ainsi que tous ses promoteurs qui nous répètent sans cesse que les choses sont immuables et que la seule solution est de fuir, ne serait-ce que mentalement.

L’égalité, quel principe facile à voter et difficile à réaliser. L’expérience que nous tentons dans ce journal se veut une liquidation radicale de la hiérarchie du travail. Or, cette hiérarchie nous colle à la peau. Elle détermine le salaire, la reconnaissance sociale, notre rang, quoi. Plus intimement, les frustrations refoulées s’accumulent envers ceux et celles qui donnent les ordres sur le plancher. Remettre en cause les liens pourris qui nous unissent est incontournable pour oser parler d’égalité. Nous refusons autant la supériorité du médecin que celle de l’infirmière ou des gestionnaires. Si nous insistons sur ce point, c’est que notre ambition de voir des travailleuses et travailleurs de tous les domaines de la santé rejoindre notre organisation est jusqu’à présent déçue, mais qu’il s’agit du nerf de la guerre. On se rend vite compte que ceux et celles qui dominent sur le plancher, soit les infirmières, dominent encore sur le plan de l’expression et de la contestation, même dans la gauche. Nous ne pouvons que répéter notre désir d’avoir à nos côtés tous les travailleurs et travailleuses que le quotidien aligne sur la chaîne de montage de la santé.

Le projet d’une société sans classes, on va continuer à le porter envers et contre tous. C’est le rêve d’une humanité qui accède à la liberté en faisant du travail nécessaire socialement son affaire. Et soyons clairs : l’égalité politique qui nous inspire n’est pas la soumission de l’individu au groupe ou encore moins l’aplanissement de ses différences, mais l’inverse, c’est-à-dire l’expression libre de l’individu et son combat perpétuel pour la liberté et la distinction dans le groupe. C’est là également ce que nous espérons du travail, qu’il soit gorgé d’émancipation et de nos talents poussés à leur pleine vie.

 

HISTORIQUE DU COMITÉ STAT

2010

Mai 2010, les négos du secteur publique sont en branle. Deux collègues de la santé rassemblés sous le nom de Comité de mobilisation Verdun distribuent à l’hôpital de Verdun un texte concernant les négociations. Plus tard le même mois, ils lancent une invitation pour une réunion de travailleuses et travailleurs, tous métiers et syndicats confondus, toujours à l’hôpital de Verdun. La réunion sera interdite. Le Comité de mobilisation Verdun dénonce l’attitude des syndicats locaux.

En septembre, le Comité de mobilisation Verdun distribue dans quelques hôpitaux de Montréal un texte appelant à refuser l’entente avec le gouvernement. Un syndiqué à la FTQ au CSSS Lucille Teasdale décrit son assemblée générale ayant mené au refus des offres. L’entente est cependant largement acceptée par les syndiqués du front commun et la FIQ est dès lors la seule à poursuivre les négociations à propos de revendications qui lui sont propres. En novembre, le Comité de mobilisation Verdun distribue le texte De la séparation entre le travailleur et son syndicat à un congrès de la FIQ à Saint-Hyacinthe. Le même mois, la FIQ entérine une entente de principe. Une membre de STAT syndiquée de la FIQ publie sur le blogue son analyse des négociations.

2011

En mars, une infirmière de l’urgence de l’hôpital de Verdun dénonce l’unité transitoire.

Afin d’intégrer des travailleuses et travailleurs de plusieurs milieux en santé, le Comité STAT naît en mai 2011. Sa première action publique est de poser aux alentours des hôpitaux de Montréal des affiches dénonçant les conditions de travail. Puis il lance un appel aux travailleuses et travailleurs prêts à écrire sur ce qui se passe. La première édition du journal Condition Critique paraît. 5000 sont distribués, à Montréal principalement, ainsi que dans d’autres régions du Québec. Comme pour toutes nos publications, la distribution se fait de main à main, à l’heure des changements de quart, devant les établissements de santé.

En juin, des infirmières de Lakeshore font un sitting pour dénoncer le manque de personnel. Un membre du Comité STAT publie un texte d’appui.

2012

La publication suivante du Comité STAT est un guide d’autodéfense contre le modèle de gestion Lean, aussi connu comme étant Toyota, Kaizen, etc., et plus récemment optimisation. Cette brochure demande plus d’un an de lectures sur ce modèle venu du Japon, de récolte de témoignages de son implantation dans les milieux de travail et d’écriture. De nombreuses références sont disponibles sur ce site. 7500 exemplaires sont ensuite distribués à des travailleuses et travailleurs de la santé. En février, les tracts Le Ministre Lean sont distribués à l’hôpital de Verdun avant la visite du ministre Bolduc. Une manifestation contre le Lean organisée par le Comité STAT a lieu en novembre 2012 devant l’Université McGill à l’occasion d’une formation sur ce modèle offerte à des gestionnaires. Un vidéo de la manifestation est disponible.

En 2012 ont lieu les négociations des paramédics. En septembre, avant une assemblée, un paramédic distribue à ses collègues un texte d’analyse de la situation.

2013

La distribution de la brochure contre le Lean se poursuit de manière plus ciblée, dont au CSSS Cavendish avec une présentation en anglais et à celui de Ahuntsic/Montréal-Nord afin d’appuyer leur opposition à la firme Proaction. Une distribution a également lieu aux hôpitaux de Gatineau et Hull pendant que les gestionnaires assistent à un colloque sur le Lean.

Au printemps 2013, des compressions s’abattent dans le milieu de la santé. L’un des premiers CSSS à annoncer concrètement la forme que prendront les coupures est celui de Bordeaux-Cartierville. Le texte Une lutte dont vous pourriez être le héros/ l’héroïne y est distribué. Sur le site, une membre du comité STAT publie Le Calcul de la Souffrance en réponse à une publication pro-optimisation dans le Devoir de deux représentants du groupement des établissements de santé et de services sociaux de la région de Montréal.

À l’été 2013, un appel est lancé aux collaborateurs et collaboratrices afin de commencer le travail sur la deuxième édition du journal Condition Critique.

2014

En septembre paraît la deuxième édition du journal Condition Critique

Soirées discussion

Au fil des ans, le Comité STAT a organisé quelques soirées discussion, auxquelles sont conviées les travailleuses et travailleurs de la santé. Différents sujets y sont abordés, telles que les conditions de travail, notre quotidien sur le plancher,  les tensions entre métiers, certaines luttes, le syndicalisme, etc.

Réunions

Les membres du Comité STAT, ou les membres du Comité Journal lors de l’écriture de Condition Critique, se réunissent environ une fois tous les trois semaines.

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