Publié le 20 septembre 2012 | par Comité STAT

Négociations des paramédics

Texte distribué les 11 et 12 septembre 2012 avant l’assemblée du syndicat du préhospitalier-CSN regroupant les paramédics d’urgence santé et faisant suite à l’acceptation d’une entente de principe aux tables provinciale et régionale datant du 6 juillet 2012. L’entente fut rejetée à 64% pour une participation de plus d’un tiers des membres. La convention est échue depuis 2 ans et l’entente proposée et refusée est disponible ici.

Collègues Paramédics,

Cette assemblée sera décisive pour notre avenir et celui du monde préhospitalier au Québec. Aujourd’hui nous avons la possibilité de détruire, pour 5 ans au moins, tout rapport de force avec ceux qui régissent notre vie au travail, soit l’employeur et le ministère. En se montrant aussi conciliants, nous ouvrons bien grand la porte à cette intensification du travail que nous subissons depuis plus d’une décennie. La mollesse des moyens de pressions, et des revendications elles-mêmes, adoptés cet été témoigne bien d’une attitude défaitiste émanant du corps syndical, et d’une base qui le suit, qui l’écoute.

Qui suit, qui écoute?

Par deux fois cet été nos votes d’assemblés furent sabotés sans consultation par une soi-disant entente de principe qu’il nous a été donné de voir sur papier il y a seulement 10 jours. Plusieurs ont été insulté.e.s de l’aspect directif et peu démocratique des mots d’ordres de l’exécutif qui, dans la situation, est resté beaucoup plus silencieux que les membres l’exigeaient. Mais comme le berger ne siffle jamais pour rien, nous avons donné raison à l’ordre en y obéissant passivement, plus par réflexe et habitude avouons-le, que par confiance en une entente raisonnable. Ne nous surprenons pas d’être dirigés en moutons, puisque nous avons réagi comme ces dociles quadrupèdes. Quelques bêlements de garage encore une fois, l’intention pour certain.e.s de protester en assemblée, mais aucune entreprise sérieuse pour dénoncer l’attitude d’une délégation qui semble parfois tirer profit de notre manque d’unité. Nous devons envisager un autre rapport envers notre syndicat sans quoi notre mécontentement et les erreurs passées se répéteront. La force réelle que nous avons vient des pressions à même le plancher que nous pouvons faire sur le système, non de la capacité de négociation d’un délégué. La force du nombre, c’est nous. Et la politique n’est pas l’adage exclusif de professionnels.

Pourquoi une attitude aussi méfiante envers le syndicat? Le manque d’information, l’attente pour que l’on nous accorde la parole dans une assemblée qui tarde à venir, une fin abrupte des moyens de pression et une rhétorique douteuse sur la dite entente sentent la stratégie qui vise une acceptation passive. Entre la statistique d’US et la gamique électorale de la CSN, difficile de pointer qui nous veut du bien et quel en est le prix.

Pour ces raisons, un pied de nez à ces deux instances semble être la seule solution pour ne pas perdre la face et espérer quelque chose de moins méprisant. Le REFUS de cette entente grossière est la moindre des choses. Une négo sans écumes est une négo perdue. Ce n’est pas le 0.035% de plus en prestation déterminée et des ceintures payées par US qui vont nous donner des retraites moins humiliantes.

Cet automne, le contexte politique nous est favorable pour négocier. Faut-il garder en tête les ravages passés du PQ dans la santé, il n’en reste pas moins que Pauline Marois voudra marquer la différence de ton avec les libéraux et ne souhaite certainement pas enfoncer des lois spéciales en début de mandat. Peut–être notre nouvel interlocuteur en santé, le ministre Dr. Réjean Hébert, fondateur du Centre de Recherche sur le Vieillissement et spécialiste de la gérontologie au Québec, saura lui, être plus sensible à des vieux qui se tiennent debout.

Nous avons perdu ce crescendo qui nous menait vers la grève, n’acceptons pas l’avenir en silence asystolique.

– Renaud Bisson-Terroux, paramédic de US


Suite des évènements: Texte mis en ligne la veille de l’assemblé spéciale du 12 novembre 2012

https://www.facebook.com/notes/renaud-bisson-terroux/le-syndicalisme-chez-urgences-santé-réponse-à-mon-président/434105346638809

Collègues paramédics,

À la dernière assemblée, plusieurs s’en souviendront, j’ai distribué en mon nom personnel un message (http://www.comitestat.org/2012/09/negociations-des-paramedics.html) aux membres. Je critiquais plusieurs aspects des négociations et j’écorchais au passage l’exécutif, mais pas seulement lui, nous aussi, les membres. Plusieurs se sont sentis concernés par cette critique. L’assemblée, ainsi que la suite des événements ont prouvé le bien-fondé de mon inquiétude, le syndicat ne nous appartient plus.

Même si nous avons rejeté l’offre à 64%, la ténacité de la délégation à nous dire qu’elle était acceptable et ce, même après son refus, met en évidence qu’ils font leur propre combat et que nous n’en faisons pas partie. Déjà, une nouvelles assemblée a été convoquée sans que nous sachions s’il y a eu des changement à l’offre précédente. Il semblerait que les négos n’ont pas reprises malgré le mois qui s’est écoulé et on a maintenant besoin de voter sur un nouveau mandat, comme si notre refus ne renouvelait pas l’ancien de facto… Nous avons peu de détails sur l’offre que nous fera l’exécutif; retourner sur les retraites et les échelons? Déjà pourquoi ne pas être retournés en moyens de pression? Non, le mot d’ordre depuis plus d’un mois est de suivre le mot d’ordre. Est-ce que l’on va encore nous faire craindre de perdre tous les acquis? Rappelons-nous la colère du président lors du dévoilement du scrutin au matin de la dernière assemblée et de ces doux mots d’encouragement; «Vous vous êtes mis dan’marde». Il faut absolument mettre sur la table notre travail quotidien qui s’intensifie et formuler une proposition précise pour freiner la dérape chez Urgences Santé.

Ce texte n’est pas un règlement de comptes. Il se veut seulement une réponse politique à un problème politique qui se révèle dans plusieurs faits. J’espère mettre fin à une joute personnelle qui ne m’intéresse pas. Quelques 2 semaines après l’assemblée, j’ai eu droit à cette étrange missive du président Réjean Leclerc via facebook. Bien entendu, il ne m’a pas avisé qu’il rendrait publique ce message privé sur la page facebook info mobilisation du SP. :

« Quel beau texte démagogique. Vraiment intéressant de voir le talent de certaines personnes se gaspiller alors qu’ils ont l’impression de faire avancer une cause qui ne sert que son auteur. Acceptes mon invitation d’amitié que je t’ai envoyé il y a de cela plusieurs semaines pour que l’on puisse s’expliquer entre paramédics œuvrant à Urgences-Santé, au lieu de t’entendre a tout vent. Tu pourras ainsi faire valoir ton point de vue et moi de t’expliquer deux ou trois petites choses qui t’ont sûrement échappé. Egalement si tu étais impliqué au niveau du syndicat plutôt que faire le gérant d’estrade, nous aurions peut être ce genre de discussion dans permettant un meilleur cheminement du groupe. Mais je comprends que tu fais le choix d’être « passif » en laissant la responsabilité aux autres de faire l’exercice démocratique et te plaçant dans la position de celui qui critique sans chercher à s’informer. Facile comme approche mais peu productive et a mon point de vue par très édifiante. »

Il est certain que j’ai été tout d’abord surpris de la colère et des émotions confuses qui en émanaient ainsi que de ce procès d’intentions qu’il m’adressait. Je fus surtout inquiet de l’absence totale d’écoute.

Je discute ici de quelques problématiques qui se dégagent du message.

Paternalisme syndical
Les intentions fond surface, il s’agit de me rendre responsable du conflit actuel, comme si tout aurait été si différent une fois amis Facebook, sans prendre la peine de mentionner les 6 messages sans réponse que j’ai laissés sur la boite vocale du syndicat depuis juillet.

Il précise tout de même, sur la qualité du dialogue que j’ai eu l’audace d’éviter, que j’aurais pu « faire valoir (mon) point de vue et moi de t’expliquer deux ou trois petites choses qui t’ont sûrement échappé». La qualité de l’exemple ici vaut la peine d’être souligné, car même si le complexe de supériorité des exécutifs sur les membres est une pathologie bien reconnue, chez nous comme bien ailleurs dans les syndicats, rares sont les exemples écrits qui suent cette autorité paternaliste. Parce que comme membre j’émets une critique, on me donne d’emblée le rôle du chialeux ignorant comme si rien de ce que je disais n’avait du sens ou ne méritait une réponse politique au lieu du dénigrement. Je ne sais pas comment un tel message de mon président pourrait me donner envie de m’impliquer. C’est bien le contraire, faire un message comme ça ne peut que rendre les gens passifs, soit par une mauvaise relation avec le syndicat, soit parce qu’ils vont comprendre qu’il faut suivre et se taire.

Pour le reste c’est de m’accuser de lâcheté sous les drapeaux blancs de la démocratie. Effectivement qu’il l’applique, la démocratie, un peu comme un baume sur la plaie du manque de débats dans nos assemblée.

Assemblées générales
Mise au point: Le présidium en assemblé est censé représenter la partie neutre, faire appliquer les règles de procédures et tempérer les débats. Sauf que chez nous, le présidium est notre président, celui qui vient vendre sa salade et parle environ 75% du temps. Ces deux dernières assemblées, c’est lui-même qui incita à la question préalable en disant à 3 reprises qu’il se faisait tard…

Cependant, malgré les procédures et les nombreux accros qu’elles ont subies à la dernière assemblée, ce qui me bouscula est plutôt l’incapacité à débattre et la violente testostérone qui émane dès qu’il y a désaccord. Au matin, à la sortie du scrutin, comme un membre posait une question sur la suite des moyens de pression, M. Leclerc lui a sagement répondu au micro, poing sur table: «Maintenant quand on t’appelle, tu dis oui monsieur calice» tel un boss autoritaire.

A force de se sortir les couilles au premier désaccord pour les cogner ensemble, on peut bien créer un terreau infertile à la mobilisation! Il n’est pas surprenant que le syndicat garde depuis si longtemps une case vide pour représentante à la condition féminine puisque personne n’a envie de s’investir dans cet environnement masculino-parle-fort.

La vision de la politique
On m’accuse d’être passif et de ne pas m’impliquer dans mon syndicat. Pour moi, réfléchir aux négociations, écrire un tract, le distribuer à mes collègues et participer à l’assemblée générale est tout sauf de la passivité et je n’ai pas à avoir un poste dans l’exécutif pour avoir le droit de faire de la politique et partager des idées. Je ne laisse pas ‘’la responsabilité aux autres de faire l’exercice démocratique’’. J’y participe pleinement, mais je critique aussi la façon dont il se passe, ce qui est un ingrédient sain de la démocratie.

Sans garder rancune je saurai me rappeler les enseignements qu’ont donné ma démarche. Il n’est plus possible de critiquer un syndicat en temps de lutte car on nuit à la solidarité, paraît-il, un point c’est tout. Pendant ce temps-là sur le plancher, soit on est tellement épuisés par la cadence du travail qu’on peine à s’intéresser à ces négos qui s’étirent et qu’on menace d’étirer encore si on ne coopère pas, soit on est tellement désillusionnés pour notre futur convention qu’on forme une contre-offensive pour la suivante, soit on crève.

La lutte est loin d’être terminée. Elle se passe maintenant et rien n’est joué d’avance. J’ai confiance qu’un ou qu’une d’entre nous à l’assemblé, sache se lever au bon moment quand on sent que l’on perd le contrôle ou qu’on n’est plus représentés. Ou simplement, et encore mieux, pour prendre sa place, partager des propositions et en discuter avec les collègues qui partagent notre quotidien, avec le temps et le respect que ça prend un tel dialogue. Là on pourrait être fiers de nos acquis.

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